Bohème   
Navire en vue !

Un immense galion s'avance doucement vers la baie de Ledao, poussé par les vents et les courants marins. Ses côtés renflés sont rouge sombre, les voiles gonflées de ses quatre mâts brillent d'un blanc lumineux.

A cette distance de la côte, il semble aux marins nautiens et aux promeneurs qu'il n'est rien d'autre qu'un jouet d'enfant à la surface de la mer. Pourtant, les braves hommes d'experience qui l'observent savent que si on l'aperçoit déjà,c'est que ses dimensions sont titanesques, et qu'il ne tardera pas à mouiller dans la baie, faute de pouvoir s'approcher de la côte.

Les predictions des Anciens s'avérent exactes et on voit enfin le navire amener ses voiles et jeter l'ancre. Les hommes équipés de jumelles décrirent la figure de proue comme un être à torse humain et à visage d'homme, aux pieds de bouc, et pourvu de grandes ailes qui, penché en avant, semblait tirer le galion et le mener sur les routes de la liberté. Une troupe nombreuse et indistincte s'agitait sur le pont, dans les mâts, et bientôt on vit une chaloupe mise à la mer, et se dirigeant vers la plage.

La chaloupe s'amarra au bout de la jetée, et on en vit descendre six hommes qui se dirigèrent vers la capitainerie. A leur tête, un solide géant, d'une soixantaine d'années, marchait d'un pas vif et sur. Il allait, grave et serein, souriant aux nautiens assemblés sur leur passage. A sa suite, trois hommes à peine plus jeunes que lui et deux gaillards d'une vingtaine d'années. Tous respiraient la force et la puissance, et tous étaient vétus de façon presque identique : pantalon de daim enfoncé dans d'immenses cuissardes en cuir noir, ceinture de soie rouge à la taille, chemise de lin blanche retenue au col par un cordon de cuir. Tous portaient des anneaux d'or aux oreilles et le catogan, hormis le chef qui laissait ses longs cheveux argentés retomber sur ses solides épaules.

Parvenus à la capitainerie de la ville, il s'adressa avec respect aux marins du poste de garde, et les pria de les mener devant le maître de la ville de Lédao.

Au Divanat de Lédao

Bonjour monsieur... monsieur comment ?

Je suis Maxime Gheysens, Grand Divan (= maire) de Lédao. Que désirez-vous ?

L'homme s'inclina majestueusement devant Maxime Gheysens, imité par ses compagnons.

"Je suis le Capitan Scaramouche, maître du galion "Le Bacchus" que vous voyez dans votre baie et Chef du Clan de Bohème. Voilà des lunes que nous parcourons les mers, comme le veut notre sang. Aujourd'hui, mes enfants sont las, ils rêvent de fouler à l'aube une herbe gorgée de rosée, de manger des aliments frais, de boire du vin, et d'entendre les sabots de nos cheveux resonner sur les routes au rythme de leur galop. Aussi je te demande un pré ou une clairière, et la permission d'en jouir quelques jours, de reconstituer nos reserves de nourriture et de vin, de detendre nos membres engourdis, avant de rependre notre long periple. Bacchus m'est témoin que nous te le rendrons au centuple".

Jean-Benoit, convoqué d'urgence au Divan de Lédao se présente rouge et mal habillé devant les inconnus.

"Euh, bonjour, je suis le petit canapé de la ville de Lédao, c'est-à-dire que c'est moi qui prépare le café de Maxime. Soyez les bienvenue à Lédao, je vais de ce pas vous préparer un bon café et un bon gouter, je connais une petite boulangerie où ils font des croissants du tonnerre et je vous les servirait avec notre spécialité vinicole locale, le Chaby Preums, un vin renommé dans tous le micromonde. Allez allez, j'y vais"

Le Capitan Scaramouche se tourna vers l'homme un brin débraillé qui s'adressait à lui.

"Grand merci, Petit Canapé, que Bacchus voit l'acceuil que tu offres à ses fils et t'en récompense par mille bienfaits. Nous apprécierons avec plaisir ce repas que tu nous offres si nous pouvions le partager avec nos enfants."

Le Capitan tourna la tête vers Maxime Gheysens "Avons nous la permission de débarquer avec nos chevaux ?"

Maxime prit alors la parole:

"Débarquer ? Oui, oui bien sûr, vous pouvez débarquer.

Vous désirez une chambre dans notre hôtel ?

Nous ne connaissons pas ces animaux que vous appelez chevaux à Nautia, mais j'en ai déjà vu quelques uns en Persis. Le gardien de notre réserve zoo(il)logique, Cyril Dejonghe, viendra peut-être étudier vos bêtes, ne vous inquiétez pas, ils ne leur fera pas de mal.

Vous n'êtes à Lédao que de passage ou vous comptez vous installez pour longtemps ? Si vous désirez vous y installer nous pouvons discuter de parcelles que l'on pourrait vous attribuer."

Le Capitan Scaramouche s'exclama alors:

"Grand merci, Maxime Gheysens !

Mon clan et moi même allons nous installer pour quelques jours dans une clairière, à l'est de la ville, ainsi nous serons près de la mer et pourrons aller et venir sans encombre entre notre campement et notre galion."

Débarquement du clan de Bohème

La chaloupe atteignit bientôt le vaisseau, et l'on vît les deux hommes grimper à bord avec agilité au moyen d'une echelle de corde. Aussitôt, une grande effervescence sembla se propager sur le pont. Des piliers équipés de poulies hissèrent du fond de cale deux immenses barges à fond plat, porteur d'étranges et gigantesques caissons.

Mais soudain, d'immenses oiseaux semblèrent jaillir des entrailles du galion. D'une envergure de quatre mètres, ils piquèrent en ligne droite vers le ciel bleu, avant de descendre suivant une douce courbe vers le port de Ledao. Les nautiens stupéfaits s'aperçurent qu'ils s'agissaient en fait de huit immenses chevaux ailés noirs, mesurant dans les deux mètres cinquante au garrot et pourvus d'ailes gigantesques. Leurs fronts s'ornaient de deux cornes, à la manière des rhinoceros et leurs sabots massifs décourageaient les plus téméraires d'approcher. Le plus immense d'entre eux était cependant mené par un garçon de dix à douze ans, qui sauta lestement à terre et passa sans façon un licou à l'encolure de l'animal. Trois des autres chevaux sont montés par des jeunes filles au teint mat, elancées et vetues de robes legeres aux milles couleurs. Tous mettent rapidement pied à terre et déchargent les animaux de leur bats.

Pendant ce temps, les barges ont abordé la plage, menées par trois jeunes gens. L'enfant et les jeunes filles dirigent les chevaux par couples vers les bateaux et les y attellent à quatre immenses roulottes de bois, aux roues aussi hautes qu'un homme. La caravane se met immédiatement en branle et se dirige vers une large clairière ovale, creusée à la lisière de la forêt. Menés par les qutres Anciens, accompagnés par les jeunes gens courant à leurs côtés, les roulottes s'engagent facilement sur le chemin et atteignent bientôt le campement.

Trois silhouettes étranges les suivent, entièrement enveloppées dans d'immenses capes de soie noire, le visage dissimulé par un masque blanc dessinant, pour la plus petite et la plus fine, un visage féminin, pour les deux hautes et solides silhouette, deux visages identiques aux traits affirmés et virils. Les mains sont gantées, leurs jambe couvertes jusqu'à mi cuisse par le cuir de leurs bottes. Seules leurs très longues chevelures d'un blond pâle, descendant jusqu'au genoux pour la femme, jusqu'aux reins pour les hommes, luisent sous le brillant soleil nautien.

Lorsqu'enfin les roulottes parviennent à la clairière, elles sont disposées en cercle et un foyer est creusé au centre. Les trois silhouettes vétues de noir disparaissent immédiatement à l'intérieur de l'une d'entre elles, tandis que les jeunes gens et les jeunes filles du clan montent des tentes et s'activent aux tâches courantes. Tout semble se passer dans la joie et la bonne humeur. Petit Canapé, emissaire de Maxime Gheysens, est acceuilli avec des cris de bienvenue lorsqu'il amène café et viennoiseries. D'immenses tables de bois sont montées, et le bienheureux messager est invité à partager ce premier repas entre deux jeunes filles qui le caressent et le calinent, versant sans arrêt le vin dans sa coupe vide.

Le Capitan Scaramouche, appelle alors le garçon.

"Page, mon enfant, cours à la ville et invite tous les nautiens que tu rencontreras à part à notre repas, ce soir, et demande à Maxime Gheysens, de la part du Capitan et de son clan, de venir en occuper la place d'honneur".

Campement de Bohème

Le campement de Bohème semble maintenant bien installé dans la petite clairière à l'est de Lédao et la vie des Enfants de Bacchus a pris la routine des campements provisoires qui semble être la sienne lorsque le Galion jette l'ancre.

Chaque nuit, la musique et les chants retentissent tard et pourtant, chaque jour, les Bohèmes quittent leur camp avant l'aube pour courrir sur les chemins de Nautia, grimper dans les arbres, arpenter les rues des villes.... Les bohémiens adorent discuter et acceuillent souvent les curieux nautiens, répond à leurs questions et leur en posent mille autres. La bonne humeur et la joie semblent se propager dans le sillage des nomades.

Très vite cependant, chacun se met à sa tâche. Il semble aux habitants de l'île que le jeune garçon, Page, s'occupe exclusivement et avec art des immenses chevaux ailés. Chaque jour, il panse les bêtes, les etrille, les soigne, vérifie leur nourriture et leur eau, et quand les chevaux satisfaits baissent enfin la tête pour paiser, le jeune garçon court réparer les selles de cuir et les harnachements.

Les femmes de la tribu se séparent en deux groupes : les plus agées restent près de l'immense feu entretenu au centre du campement, s'occupent de la préparation des repas, tissent et surveillent les cinq à six enfants bruns en bas âge. Les jeunes femmes, quant à elles, lianes au corps souples, parcourent les rues et les marchés de Lédao pour approvisioner le clan. Echangeant bijoux de métaux précieux, pièces de tissus, ustensilles en bois contre du vin, de la viande séchée, des fruits, peu avares de leurs faveurs qu'elles distribuent aux nautiens qui leur plaisent, elles rient sans cesse et esquissent parfois quelques pas de danse sur les chemins, rythmant leurs pas au son d'un tambourin.

Les hommes du camp s'attellent à la tâche sans distinction d'age. Certains acheminent les vivres sur le galion et en ramènent les trésors qui serviront de monnaie d'échange, d'autres coupent et ramassent du bois mort pour le feu, ou le scupltent pour en faire des ecuelles ou des instruments. Un forge a été monté au sud du camp, près d'un ruisselet, mais on ne semble s'y activer que la nuit venues.

Jamais on ne vit les trois silhouettes mystérieuses s'activer auprès des autres.

Page fait une découverte...

Au campement de Bohème, la vie suit son cours, un peu à l'écart du reste de la population de l'île. Le jour, des jeunes filles à la peau ambrée parcourent les chemins des forêts, parfois poursuivies par des jeunes gens, bohémiens ou nautiens... Malgré ces jeux, les enfants de Bohème accomplissent les tâches que leur assignent les respectables capitans ou les matrones à la voix forte : ramassage du bois, travail de la terre cuite, travail du métal la nuit...

Le jeune Page, un gamin dégourdi de huit à dix ans, a quant à lui l'exclusive charge de la fantastique harde des chevaux ailés de Bohème. Cependant, ces bêtes immenses, qui exigent tant d'attention lorsqu'ils sont en mer ou les premières semaines sur terre, ont à présent trouvé leurs marques sur la terre de Nautia et ne nécessitent plus autant de soins. Aussi lorsque le jeune garçon les a longuement étrillé, lorsqu'il a vérifié la bonne santé de leurs gencives et la tonicité de leurs jambes, lorsqu'il a dégourdi les ailes des plus paresseux en les emmenant faire une vertigineuse promenade au dessus de la mer, de toute la puissance et la vitesse des souples ailes noires... alors, le jeune Page s'ennuie. Bien que précoce, son âge ne l'entraîne pas à la suite de ses frères derrière la croupe dansante des filles... Les enfants nautiens, farouches à l'image de leurs parents, l'observent de loin avec un mélange de curiosité et de perplexité mais s'enfuient à son approche, tels une nuée de moineaux. Aussi parcourt-il l'île verte, seul, grimpant dans les arbres, visitant les forêts, admirant le travail des artisans debians qui le laissent, fasciné, s'approcher de leurs métiers.

Le gamin soupire, battant les fougères avec un long bâton, loin au nord du campement. Il est seul de son âge. Il sait que, partout dans le micromonde, les garçons de Bohème ont jeté leur gourme et semé des bâtards, et que pour chacun de ces enfants viendra l'heure où le Galion de Bohème décidera de les prendre avec lui. Alors le clan se lèvera et abandonnera son campement provisoire pour aller chercher son fils ou sa fille et pour l'élever en son sein. Et la magie de Bohème fera vite son office, attachant celui qui voyage à son bord à son sillage. Les Enfants de Bohème ne peuvent survivre longtemps loin de leur Dieu Bacchus, qui orne la proue du bateau et lui donne sa volonté propre. La poitrine du garçon se soulève encore... Combien de fois a t il rêvé à un autre enfant de son âge, pour arpenter avec lui les chemins escarpés et nager dans la mer ?! Un garçon aussi blond que lui est brun, aux yeux bleus comme les siens sont noirs... Il sait cependant que son rêve a peu de chance de se réaliser.. Le sang de Bohème s'éveille tôt dans les veines des siens.

Lui même se souvient parfois par bribes de la nuit où le Galion est venu le chercher... Il avait trois ans et sa mère, une jolie paysanne, l'avait emmené avec ses demi s?urs sur la plage. Il avait grandi à l'intérieur des terres, et n'avait jamais vu la mer. Il avait vu pour la première fois ses grands parents, des pêcheurs, qui avaient envoyé leur fille enceinte à la campagne, loin de chez eux, lorsqu'ils avaient appris que le père était bohémien. Après de longs mois de larmes, elle avait fini par rencontrer un fort et solide paysan, un homme fiable, qu'elle épousa et dont elle eut deux filles, des jolies jumelles, totalement exaspérantes, comme toutes les filles, mais dont le jeune garçon adorait s'occuper. Il se souvenait du climat tendu qui régnait dans la masure sur la plage quand il y entrait, des cris de son grand père, des larmes de sa grand mère. Personne ne le laisser s'approcher trop près de l'immense étendue d'eau. Un soir, cependant, l'époux de sa mère, qui avait insisté pour faire ce voyage, le prit dans ses bras pour l'emmener se promener. Le jeune bambin connut un moment de joie intense ! cet homme qui ne l'avait jamais considéré comme son fils, qui l'avait toujours traité comme un bâtard à sa charge, cet homme le prenait enfin dans ses bras. Et le garçon se prit à rêver d'une vraie relation de père à fils. Il était si heureux qu'il ne vît pas sa mère se précipiter à leur suite, ses grands parents l'empêchant de passer la porte... il leva la tête suffisamment longtemps cependant pour la voir se tordre les bras d'un air angoissé, ses longs cheveux détachés reposant comme un voile noir sur son dos.

Son beau père l'emmenait vers le rivage, vers ce voile bleu interdit. Fasciné, le gamin avait cessé de remuer et de babiller. L'homme le déposa à moins de trois mètres du littoral, juste sur cette ligne où le sable perd sa blondeur et sa légèreté acquises au soleil et devient massif et lourd de toute l'eau salée qu'il a absorbé. L'enfant, face à l'immense horizon, sentit un petit coup sec dans le dos qui le propulsa vers l'eau... il se retourna et regarda d'un air interrogateur le grand homme derrière lui. Celui ci évitait son regard et fixait ses yeux inquiets vers l'horizon. L'enfant s'enhardit et se dirigea à pas prudents vers l'eau, vers ces étranges formes, ces vaguelettes couronnées d'écume, ces serpents glissants qui semblaient faire la course pour venir les premiers mourir sur la plage. Il avança sur le sable et la mer sembla se précipiter sur lui pour noyer son pied nu. Une chose étrange arriva : lorsque l'eau entra en contact avec sa peau, une onde de choc partit de son pied et se propagea dans la mer, son cri raisonnant sur l'étendue deserte. Son beau père recula. L'enfant, amusé, se jeta à l'eau et se mit à battre des mains. Ce contact, ce sel sur ces lèvres, la froide couverture mouvante qui glissait sous ses vêtements, tout cela l'enchantait. Il joua encore longtemps, sous le froid regard de l'homme. Lorsque le soleil fût tout à fait couché, l'homme l'appela pour rentrer. L'enfant aurait voulu contester, mais quelque chose dans la voix de son beau père le convainquit d'obéir sans discuter. Lorsqu'ils penetrerent dans la masure, sa mère se précipita pour le prendre dans ses bras et le serrer contre lui. Debout, les regardant, son beau père et ses grands parents les regardaient.

Le jeune Page enroula ses bras autour de ses genoux repliés. Comme il se souvenait des jours qui avaient suivi ! Une forme d'attente s'était insinuée en lui, une tension vibrante qui l'empêchait de jouer et de courir. Toujours, son regard s'était porté vers la mer, et toujours il était déçu de ne rien voir sur l'immense horizon. La troisième nuit, cependant, son instinct l'avait obligé à se réveiller, à s'habiller en silence et à sortir sur la plage. Énorme, silencieuse, menaçante sous la lumière froide de la lune, le Galion de Bohème l'attendait. Une troupe d'hommes avaient descendu une barge à la mer et s'approchait déjà du rivage. L'enfant ne s'était même pas retourné. Il avait avancé et placé sa main dans celle du vieil homme qui menait les autres. Celui ci s'était agenouillé devant lui et avait regardé ses yeux, attentivement. Il lui avait dit "Tu t'appelleras Page", l'avait enveloppé dans sa cape de fourrure et l'avait emmené sur la barge. Les autres hommes l'avaient pris dans leurs bras, chacun à leur tour, et sur le Galion des dizaines de femmes et d'hommes avaient fait de même. Ils étaient partis et lorsque le jour s'était levé, il avait cherché du regard la plage où il avait laissé sa mère. La vitesse du galion était telle qu'elle avait déjà disparu.

Un bruit sur sa gauche attira son attention... le garçon s'ébroua un peu, s'arrachant à ses souvenirs. Le bruit de vetegaux froissés recommença, accompagnés d'un petit gémissement... intrigué, Page se leva et s'approcha lentement et prudemment des luxuriantes fougères. Armé d'une longue branche, il souleva la plus grande des feuilles vertes... dessous, une chose jaune remuait à peine. Le garçon jeta la branche et s'approcha. A genoux, il contempla une petite créature jaune, au corps court et à la tête massive, aux pommettes rouges et à la pointe des longues oreilles noires. Un pokemon ! il était allongé sur le flanc, respirant avec peine, visiblement attaqué par un prédateur de la foret nautienne. Le jeune Page avait suffisamment l'habitude de la Nature et de ses lois pour savoir qu'il ne fallait pas s'en mêler, qu'il fallait laisser l'animal mourir ou l'achever. Résolu, l'enfant tendit la main vers le cou de la bestiole quand celle ci ouvrit les yeux et le regarda. Un regard d'une pureté limpide, clair et suppliant. Les immenses yeux bleus du pokemon le regardait avec une confiance absolue, comme s'il remettait sa vie entre ses mains. Et le Jeune Page sentit la colère l'envahir contre la bestiole. Il ne serait sûrement pas dans cet état s'il ne s'était pas rendu vulnérable ! La grande bêtise des pokemons, d'ailleurs, ce qui fait que cet animal est en voie de disparition : d'une nature trop confiante, ces bestioles prêtent le flanc à leur agresseur et se font rapidement décimer. Malgré sa colère, Page se sentit mis au pied du mur : il était désormais en charge d'une vie.

Il relâcha le cou de la bestiole et l'enveloppa doucement dans sa chemise. Lentement, avec précaution, il l'amena au campement, vers la grande roulotte noire dans laquelle, en temps normal, il ne fallait pénétrer que la nuit. Il en ressortit les bras vides. Il eut une pensée fugitive qu'il réprima aussitôt. Cette pensée était "S'il survit, je l'appelle Rominet".



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Le 30 mai 2004, Calie Coopman
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